12 mars 2011

Massacre à la tronçonneuse, le commencement...

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Massacre à la tronçonneuse, le commencement

de 

Jonathan Liebesman 

(2006) 

Scénario: Sheldon Turner d'après l'histoire et les personnages créés par Tobe Hooper et Kim Henkel

Avec: Jordana Brewster, Taylor Handley, Diora Baird, Matthew Bomer, Lee Ermey...

Photographie: Luka Ettlin 

Montage: Jonathan Chibnall, Jim May et Joël Negron

Musique: Steve Jablonsky

   Une femme meurt pendant son accouchement dans un abattoir en 1939, son enfant termine dans une poubelle, où il est recueilli par une indigente. En 1969, la fermeture des lieux donne le coup d'envoi à une série de meurtres parmi les plus violents et brutaux de l'histoire américaine: "Le Massacre à la tronçonneuse". Deux frères et leurs petites amies respectives entreprennent un dernier voyage avant leur départ au Vietnam. Alors qu'ils traversent le Texas, une motarde les prend en chasse, et provoque un accident. L'arrivée du shérif Hoyt sur les lieux de l'altercation va marquer le début d'une descente aux enfers ces quatre jeunes gens... 

  Depuis le succès de La Menace Fantôme, puis celui de Batman Begins, le prequel est devenu une nouvelle mode à Hollywood, ce quand bien même le procédé ne date pas d'hier. Bien entendu sous couvert d'approfondir des mythologies qui n'en demandent pas tant (Hannibal Lecter par exemple), il s'agit surtout d'engranger un maximum de billets verts en capitalisant sur des licences célèbres. Le succès mérité du remake de Marcus Nispel appelait logiquement une suite, d'autant que l'univers dépeint se prête sans doute une déclinaison sérielle. Après tout, il suffit qu'un nouveau groupe de personnages déboulent sur les terres de la famille Hewitt pour relancer la terrible machine criminelle. Un retour aux origines aurait pu s'avérer une excellente initiative dans le sens où l'un des points forts de la relecture, résidait dans l'introduction de nouveaux membres à la famille cannibale, la faiblesse se trouvant justement dans leur faible temps de présence à l'écran, laissant dès lors libre cours de s'attarder sur leurs forfaits antérieurs. De plus l'ancrage social, le basculement progressif ou soudain (au cinéaste chargé de l'illustrer de choisir) des Hewitt dans la folie pouvait déboucher sur une belle réflexion sur un milieu rural à priori non prédisposé à la violence. De la sorte le réalisateur aurait pu questionner l'édification de figures désormais quasi mythologiques, ogresque dans le cas de Leatherface, afin de leur réinjecter une humanité débouchant sur une altérité déplaisante avec le spectateur. Malheureusement cet opus évite tout ce qui pourrait le faire trop dévier de son programme attendu à le massacre d'adolescents égarés. Le prologue qui manque d'ampleur donne le ton d'un prequel pusillanime ce que confirme la découverte de la tronçonneuse utilisée Leatherface. Dans l'original le recours à des ustensiles de la vie de tous les jours (crocs de bouchers, congélateur ou massue) participait du sentiment de proximité avec ce qui se déroulait à l'écran, interpellant le spectateur dans ce qu'il connaissait, créant une imagerie de la violence quotidienne/ordinaire. Ici, cela aurait pu se traduire par exemple par une famille désoeuvrée recourant pour tuer à un objet commun. Non, Leatherface trouve une tronçonneuse dans le bureau (???) de son ancien patron, la prend et le découpe avec. Aucune naissance de l'outil détourné en moyen de tuer, ni de contextualisation de son emploi. Eut-il trouvé une tondeuse dans un coin de la pièce que c'eut été pareil. Plutôt que d'approfondir l'univers fascinant dessiné par Hooper (quoique la part de non dit participait à l'horreur irrationnelle de sa barbarie), et ensuite par son prédécesseur, Jonathan Liebesman (faut-il rappeler à quel point Nuits de Terreur est un mauvais film?), se contente d'illustrer des détails sans grande importance. A part enfoncer le clou de la caricature d'une clique de cinglés, qu'apporte le moment où Leatherface découpe les jambes de son père? Rien, on explique simplement comment il est devenu cul-de-jatte, ce dont on se fiche royalement. Pareil, la découverte de la vraie identité de Hoyt atténue la dimension subversive du personnage. Si bien qu'arrivait au bout d'une demi heure, on sait que le film abandonnera toute ambition pour se contenter de sonner comme une nouvelle variation autour de l'opus séminal de 1974. Le contexte du Vietnam qui sert d'arrière plan politique, disparaît vite, demeurant à peine esquissé, sans autre enjeu, dramatique ou métaphorique. Le souvenir du remake étant trop marquant dans nos esprit, sa puissance visuelle, sa violence crescendo qui avait secoué il y a trois ans, rendent cette tentative beaucoup moins impressionnante. Très influencé par Wolf Creek jusque dans son final, évoquant le sort de l'une des héroïnes du film de Mclean, le travail de Liebesman manque singulièrement d'incarnation. Ses protagonistes unilatéraux obéissent à la mécanique d'un scénario qui les fait disparaître un à un, tandis que le conflit entre les deux frères se voit interrompu par le surgissement de la motarde. Plus jamais il ne revient sur le tapis ou ne sert dans un dilemme, ce qui s'avère relativement révélateur du refus de Liebesman de prendre le moindre risque. Lequel ne parvient pas non plus à redonner à Leatherface son aura étrange, entre criminelle ordinaire à tendance déviante et l'ogre de conte de fées, si ce n'est au détour d'un beau plan le voyant déambulé sur une route gorgée de soleil son arme à la main. La violence graphique de ce nouvel épisode ne suscite jamais le malaise, le gore n'étant ni assez tordu, ni assez viscéral pour ça, tandis que la scène qui décalque le repas de 74, se plante dans les grandes lignes, par faute d'une dramaturgie creuse, incapable, en dépit d'un découpage à la serpe de retrouver l'hystérie de son modèle. Pour l'heure ce "commencement" dont on se serait amplement passé marque la fin des aventures cinématographiques des bouchers texans, plutôt que de le déplorer, on ira revoir avec plaisir le chef d'oeuvre initial et son excellent remake. 

Posté par Yann D à 21:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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