12 mars 2011

Massacre à la Tronçonneuse de Marcus Nispel (2003)

imagesMassacre à la Tronçonneuse

de 

Marcus Nispel 

(2003)

Scénario: Scott Kosar d'après l'histoire et les personnages créés par Tobe Hooper et Kim Henkel

Avec: Jessica Biel, Eric Balfour, Jonathan Tucker, Erica Leerhsen, Lee Ermey...

Photographie: Daniel Peal

Montage: Glen Scantlebury

Musique: Steve Jablonsky

  

Peut-être le remake qui a décomplexé Hollywood vis-à-vis des classiques de l'horreur. Sorti plusieurs mois avant le très bon L'Armée des morts, le remake de Nispel partait perdant en se confrontant au chef d'oeuvre séminal de Tobe Hooper, le seul d'horreur à jouir à ce jour d'une projection au Musée d'arts modernes de New York. Impossible d'égaler sa rage, son découpage paroxystique, où le choix de chaque angle amenait une perte de repères et un glissement dans une folie humaine, à la portée quasi cosmique comme le sous-tendaient les nombreux plans du soleil, de la lune. Une manière aussi d'incarner l'écoulement du temps, pour un film évoquant un fait divers. Le fait de retrouver Michael Bay (qu'on aime bien quand même mais pour des raisons plus triviales...) à l'origine de l'entreprise ne rassurait pas plus. Puis vint la sortie du long métrage saluée par une partie de la presse, à commencer par les magazines spécialisés. Viré quatre ans plus tôt du plateau du très mauvais La Fin des temps, Nispel venait de réussir son pari. Retour sur cet imprévisible succès artistique chaudement accueilli par le public, au point de générer un prequel, sur lequel nous nous attarderons bientôt...  

  Astucieux le réalisateur, en dépit d'une mise en scène nerveuse, décide de ne pas reprendre les figures clefs de la mise en scène de son prédécesseur. Le découpage exclut ainsi l'aspect chaotique du travail de Hooper, abandonnant les inserts, jump cut et autres reports de points brutaux qui donnaient à l'original son caractère brut et fractal aux limites de l'expérimental. Ce qui également traduit d'une manière plus générale sur l'esthétique du film. La photographie toujours assurée comme en 1974 par le brillant Daniel Pearl, délaisse le grain du 16mm au chromatisme crade, pour évoquer une atmosphère mortifère plus léchée, jouant sur des contrastes très appuyée entre la surexposition et l'obscurité, entre la profondeur des noirs, des marrons et la pâleur des visages. Moins inconfortable que l'aspect crû de la version précédente, le visuel de ce remake accroche le regard par sa beauté plastique plus immédiate. Un peu à la manière des constructions macabres de la famille Hewitt visiblement plus lisses, proches des délires de Marilyn Manson dans sa période The Beautiful Peoples. Le casting à forte coloration télévisuelle avec en têtes d'affiches Jessica Biel (Sept à la maison, soit le négatif complet de l'univers de Texas Chainsaw Massacre), Eric Balfour (Six Feet under), secondés par Jonathan Tucker (The Practice, Les Experts) et Erica Leerhsen (Les Sopranos, Le Protecteur, Alias) abonde en ce sens, présentant des ados interchangeables, jolis filles et jolis mec. Marcus Nispel profite de ce cadre sans aspérité pour libérer une brutalité d'autant plus franche qu'elle est inattendue. Le suicide de l'autostoppeuse annonce la couleur, par sa sècheresse, mettant fin à une introduction laborieuse, dénuée du climat délétère de l'opus matriciel. Le travelling arrière qui s'éloigne des personnages par le trou béant laissé par la balle, illustre ce basculement des personnages dans une dimension de violence dont ils ignorent encore l'horreur. La caméra au détour d'un plan large semble les livrer en pâture à un décor hostile trop grand pour eux. L'intelligence de Nispel se révèle payante puisque les séquences chocs ne cessent de gagner en puissance à mesure que le film progresse, en témoigne à la fois la poursuite à travers les draps tendus au soleil et surtout le final dans l'abattoir. Conscient qu'il ne pourrait probablement jamais retrouver l'horreur minérale se dégageant de la séquence du repas (qui reposait de plus sur cette mise en scène entropique qu'il a écarté pour se différencier), cette dernière séquence, où l'héroïne fuit au milieu de carcasses bovines ne démérite, concluant habilement le film. Ce qui s'y joue relève d'un retour aux origines pour Leatherface revenu dans cet endroit où il a appris à tuer, tandis que le corps de la jeune femme se voit ramené à l'état de pur morceau de viande, fidèle en cela au propos de Tobe Hooper. 

  A l'instar de Zack Snyder avec l'ouvrage de Romero, Marcus Nispel abandonne la portée socio-politique du travail de son aîné. En lieu et place, il offre un tableau de la dégénérescence dont la part ludique n'évacue jamais complètement le malaise. On aurait même aimé passer davantage de temps avec les seconds couteaux créés par Scott Kosar (scénariste également du Machinist) tant leur apparition un poil trop tardive est marquante, convoquant l'image d'une partie sombre de l'Amérique, consanguine, nourrie de violence. Seul le shérif Hoyt (remplaçant le pompiste de l'original) a le droit a un traitement à la hauteur. A dire vrai, jusqu'au dernier tiers du film, la présence l'acteur Lee Ermey (Full Metal Jacket, Fantômes contre Fantômes...) éclipse même Leatherface à l'aura d'ogre texan écorné par ce rival qui assure le spectacle avec son sens de l'humour vicieux. Le passage où il demande à Morgan de reconstituer avec un pistolet le suicide de l'autostoppeuse est un grand moment de tension. Il faut peut-être voir en cette passation de pouvoir, une volonté des auteurs de cette relecture de se démarquer du chef d'oeuvre précédent, apporter une nouvelle vision via un nouvel actant. Pourquoi pas? Simplement il aurait sans doute fallu mieux équilibrer le rapport de force entre les deux criminels, les rendre proches tels les deux facettes d'une violence similaire. Le caractère de Hoyt participe de la sorte à dépolitisation du film, puisque plus que la nécessité, ce qui semble présider à son comportement relève du sadisme pur. L'ironie voulant qu'il soit représentant de l'ordre fonctionne à plein régime. Délesté d'une bonne partie de sa dimension politique, limitée à un regard cruel sur les rednecks incarnation d'une face sombre de l'Amérique, le long métrage de Nispel ressemble davantage à un conte cruel, où de grands enfants ayant commis une bêtise (trafiquer de la beuh) tombent entre les mains de sorciers aux visages terriblement humains. La morale, si l'on peut parler de morale, tirée de tout un pan du cinéma horrifique des années 70 (à commencer par La Dernière Maison sur la gauche) sera celle d'une violence barbare contaminant des gens apparemment civilisés. Moins nihiliste que celui forgé par Hooper tout entier ramassé dans l'hystérie de Marilyn Burns, celui de cette relecture s'achève néanmoins sur Erin, meurtrière, un enfant enlevé à un avenir barbare sur son siège de voiture. Une belle illustration du retour à la civilisation après les affres de l'enfer texan... 

Posté par Yann D à 17:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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