06 mars 2011

Lucky McKee, le retour

 
May reste aujourd'hui encore un premier film modèle, tant écrit avec les tripes, les souvenirs d'une adolescence tant solitaire que cinéphile en tête et une rigueur dans la progression dramatique exemplaire. Un concept malin qui conjuguait Taxi Driver au féminin, le mariant à Carrie White et à Frankenstein, monstre et fiancée compris. Les quelques maladresses de filmage ou de jeu d'acteurs (certains seconds rôles pas bien écrits, par conséquent pas bien joués), n'y changeaient rien, on sortait du film la gorge nouée. Une sacrée promesse, pour un tout jeune réalisateur âgé de 27 ans au moment du tournage, vite consacré "Maître de l'horreur" au travers de l'anthologie éponyme, côtoyant au passage certaines de ses idoles, Tobe Hopper en tête. Il y signait un sympathique épisode Liaison Bestiale, prolongation anecdotique de May, passée au crible de La Mouche, dans une esthétique sitcomesque influencée par les comédies des années 50. Massacré au montage par la production, The Woods, eut droit à une sortie limite confidentielle, suivie d'un désaveu frustré de son auteur. Lequel trois ans plus tard, tenta de se refaire avec une adaptation de Jack Ketchum, Red, histoire d'un américain moyen, décidé à venger son chien tué par de jeunes bourgeois encanaillés. Cette fois, c'est dès le tournage que survint le désaccord entre le réalisateur et sa production, ce qui le conduisit à un départ en cours de route. Trygve Allister Diesen un inconnu de nos services le remplace pour mettre en boîte le reste des séquences à tourner. A ce stade on peut déjà parler de carrière placée sous le signe d'une malédiction, comme si le coup d'éclat initial était trop fort, trop beau pour perdurer. Le voir passer devant la caméra d'Angela Bettis, pour les besoins de Roman, pendant masculin de May, en 2007, où il incarnait un marginal timide, obsédé par sa belle voisine, tenait presque de la métaphore d'un cinéaste mis au ban de la A-List, qu'il a(vait) sous les yeux et ne cesse de le narguer, tant il suffirait d'un film de la trempe de son acte de naissance cinématographique pour le repositionner sur le devant de la scène.
 
 Et The Woman représente peut-être cette planche de salut pour le réalisateur radical.  Au premier abord le voir signer la suite de The Offspring, DTV, dû à un Andrew van den Houten anonyme par chez nous (producteur de la séquelle), à la réputation franchement mauvaise, semblait confirmer la dégringolade du bonhomme, désormais dans le fond du Z. Si on ne sait pas quand le film débarquera chez nous, ni dans quelle distribution (sortie confidentielle technique au publicis, direct en dvd, ou rêvons un peu un circuit d'une centaine de salles...), les premiers échos rassurent franchement. Tous s'accordent à dire, qu'on aime ou rejette le film, que celui-ci représente une expérience puissante, déstabilisante, comparable à l'onde de choc suscitée à l'époque par La Dernière Maison sur la gauche. Des spectateurs de Sundace se seraient évanouis durant la projection houleuse du métrage, tandis que d'autres ont quitté la salle dans un état de colère avancé. A ce sujet la vidéo d'un des outragés déversant son fiel sur le film visible sur Youtube vaut le détour. Une odeur de souffre dont il devrait profiter, du moins aux States, pour attiser la curiosité. Pas étonnant pour qui a pu lire les ouvrages de Ketchum, dont Stephen King est un immense fan. Cet ancien secrétaire d'Henry Miller (avoir été le secrétaire d'une plume de génie ne fait pas de vous un écrivain talentueux, qu'on s'entende bien) écrit dans un style brut, pas loin du fait divers (Une Fille comme une autre pousse cette veine à son zénith), avec force de description gore, qui dans certains cas provoquent une sensation quasi physique chez le lecteur.The Woman marque le troisième rendez-vous entre le réalisateur et l'écrivain co-scénariste du projet, puisqu'en plus de Red, il avait déjà produit The Lost, réalisé par son copain Chris Sitvertson, autre esthète au destin peu enviable. Le récit s'articule autour d'un avocat et de son épouse qui découvre une femme sauvage, blessée (dans le précédent film) et qui décide de l'initier à la civilisation en la torturant et à la violant, sûrs du peu de valeur de son existence sauvageonne. Une histoire qui paraît dans la tradition du classique de Wes Craven, ainsi que de tout un pan du cinéma d'horreur, confrontée la civilisation à la sauvagerie pour mieux brouiller la ligne les séparant. Connaissant le talent du bonhomme qui avec des thèmes universels, éprouvés, limite éculés même, est souvent parvenu à imposer sa griffe, on peut s'attendre à le voir transcender le torture porn pour lui conférer une maturité que seuls Hostel 2 et le délicat Martyrs avaient su lui insuffler, et accoucher d'une oeuvre unique. Puis la critique tombera à nouveau amoureuse du phénomène, le public répondra présent et enfin les producteurs apprendront à lui laisser les coudées franches. Rêvons un peu... 

Posté par Yann D à 02:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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