04 mars 2011

Freddy, Les Griffes de la nuit

vlcsnap_2011_03_04_11h38m37s161Freddy, Les Griffes de la nuit

de 

Samuel Bayer

                                  (2010) 

Avec: Jackie Earle Haley, Rooney Mara, Kyle Gallner... 

Scénario: Wesley Strick, Eric Heisserer, d'après les personnages créés par Wes Craven

Photographie: Jeff Cutter

Montage: Glen Scantlebury 

Musique: Steve Jablonsky

  Inutile d'aller chercher les maigres rides lézardant le chef d'oeuvre initial de Wes Craven, comme par exemple ses synthés terriblement datés, pour légitimer l'initiative d'un remake. Orchestré par Platinum Dune la boîte de l'unique Michael Bay, qui créa la surprise avec l'excellent Massacre à la tronçonneuse en 2004, puis dans une moindre mesure avec le décomplexé Vendredi 13 tous deux sous la férule du très doué Marcus Nispel, celui-ci pouvait redorer le blason d'un personnage iconique, par deux fois merveilleusement mis en scène (dans l'original donc, ainsi que dans l'excellente deuxième séquelle), dont le potentiel inquiétant a décliné à mesure que sa starification se confirmait jusqu'à devenir un pantin aux blagues limites. En gros l'enjeu consistait à lancer sur une base connue, potentiellement riche, le concept inventé par Craven ouvrant sur une multitude de possibilités. Des attentes qui se muèrent en intentions de la part des initiateurs visiblement décidés à générer à nouveau une bonne relecture. L'écart entre les promesses et la réalité, se dessine sur le visage lisse, embarrassant dans sa ressemblance avec François Mitterrand, qui rate sa première apparition dans un jump scare minable dont le film usera jusqu'à l'écoeurement. Le faciès du criminel à pull rayé d'Elm Street, évoque une métaphore du long métrage en lui-même. D'une propreté formelle irréprochable grâce à la photographie du très doué Jeff Cutter (Esther), porteuse du style reconnaissable des productions Platinum Dunes (clair-obscur quasi constant, contrastes appuyés...), mais sans saveur, sans aspérité, portés par des comédiens interchangeables au jeu on ne peut plus limité. Là où Wes Craven jouait sur de subtils basculement entre rêve et réalité, donnant lieu d'angoissants moments de flottement, tels que par exemple l'apparition à Nancy de Tina dans son bodybag en plein milieu d'une salle de cours, belle séquence d'inquiétante étrangeté, reprise ici sur un mode pantouflard, le réalisateur prenant bien soin de montrer l'héroïne s'endormir, le décor se transformer dans un bel effet de morphing qui annihile simplement la peur en incarnant à ce point la frontière entre les deux univers. Visuellement parfois intéressant, quoique loin de l'inventivité d'un The Cell, celui dans lequel évoule Freddy ne parvient jamais à susciter l'angoisse tant recherchée, manque pour cela de l'organique, de la matière, d'un rapport au réel que tiennent à distance des ajouts numériques détonnants. Cela ne poserait en soit qu'un petit problème si le croquemitaine y trouvait un écrin à sa cruauté. Ravalé au rang de tueur lambda, à la voix grossièrement poussée dans les graves en post-synchro, il semble sous la caméra peu inspirée de Bayer avoir abandonné ses goûts d'esthète, les séquences de meurtres comptant parmi les plus paresseuses de toute la saga. La reprise de la célèbre mise à mort de Tina, si traumatisante chez Craven, devient à la fois par la force de ce recyclage malheureux un aveu de stérilité artistique autant qu'un symbole de ce qui sépare l'auteur originel de son successeur, qui à vouloir en faire trop accouche d'un moment hilarant digne des ZAZ.

  Au carrefour des histoires enfantines de croquemitaine, des légendes urbaines tout en s'ancrant dans un rapport post-moderne au mythe où la croyance concrétise l'existence du monstre doublé d'une vision classique du fantastique comme retour du refoulé, Les Griffes de la Nuit, proposait en guise de moteur scénaristique un renversement, où la peur n'est plus celle de ne pas trouver le sommeil cédant la place à la peur du sommeil, qui passait de libérateur à mortifère. Décidés à jouer pleinement cette idée, les scénaristes de cette nouvelle version tentent d'ouvrir sur la fatigue, l'épuisement comme moteur dramaturgique. Cette idée peine à convaincre tant le traitement qui l'accompagne se révèle pusillanime. La scarification pour tenir le coup? D'accord mais pas plus de vingt secondes?Une dépendance aux médicaments potentiellement aussi mortelle que les coups de lame du tueur? Pas vraiment, car malgré une consommation de substances variées, jamais le spectre de la dépendance ou plus simplement du danger de l'overdose ne vient pointer son nez. Pourtant cette vulgarisation d'un thème implicite dans l'original (la génération ado-prozac des années 80) aurait pu ouvrir sur un discours sur la jeunesse, son goût des expériences, sur le sort réservé à ceux venus après la fameuse Génération X. Non, cela reste au stade du gimmick scénaristique timide. Pareillement, la transformation du croquemitaine en ancien pédophile n'ajoute rien. Quand Jackie Earle Haley tente d'insuffler cette dimension à son personnage, cela reste à encore une fois d'une timidité triste (une petite caresse et puis s'en va), son jeu mou au phrasé maniéré n'aidant pas non plus, desservie par une mise en scène, qui ne prend pas le temps d'installer cet élément, incapable de l'assumer pleinement. D'une manière similaire, désireux d'approfondir la thématique de la faute expiatoire d'une génération à l'autre, Samuel Bayer ne fait que grossier le trait, se vautrant royalement quand il tente d'attiser le doute quant à la culpabilité supposée de Krueger. En soit transformer ce dernier en émule de Candyman dans la lignée des grands monstres tragiques pouvait s'avérer intéressante (en tant que parti pris innovant en terme de réécriture), voire pourquoi pas payante. A nouveau le bas blesse, par la faute d'un traitement scénaristique qui n'emprunte jamais la voie de l'ambiguité dans la présentation du personnage sous jour humain, sans s'attarder sur les rapports qu'il a pu entretenir avec les enfants. La réalisation abonde dans ce sens, puisque la culpabilité de Freddy ne fait aucune doute (de une déjà parce que c'est Freddy...), le choix des cadres (le plan le présentant de dos), des images (des enfants au dos portant les cicatrices des griffes) dans le flash back présenté en amont. Du coup quand l'un des protagonistes s'exclame "Ils ont tué un innocent", difficile de ne pas sourire, encore plus d'y croire. Fragile, malgré les nombreux contre-exemple que fournit tristement la réalité, le déni amnésique des anciens enfants, ne fait qu'alourdir la thématique du refoulement, si subtilement installée par le père Craven. La vengeance de Freddy Krueger peut apparaître plus logique, le croquemitaine poursuivant son oeuvre commencée de son vivant, métaphorisant un trauma qui rejaillit avec force dans l'inconscient. Cela dit, l'original faisait des forfaits de son tueur au terrain de chasse onirique, une puissante expression de l'injustice, la génération suivante payant pour les crimes de la précédentes, de l'impossibilité des parents à protéger leur enfants du passé dont ils héritent et du passage à l'âge adulte symbolisé par le refus de Nancy de croire en Freddy. Bref à nouveau ce bien déplorable remake s'incline sur tous les tableaux, de l'angoisse aussi bien que du sens. Pour le moment, en dépit des bons scores au box office, la direction de Platinum Dunes a fait savoir qu'aucune suite n'était envisagée pour le moment. On ne s'en plaindra pas. 

Posté par Yann D à 11:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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