11 décembre 2010

Quelques mots sur Rubber

Unknown Rubber

 de

Quentin Dupieux

(2010)

 

Ce n'est pas fainéantise que ce blog n'a pas été mis à jour depuis quelques temps. Simplement occupé, avec peu de temps, alors que l'actualité fantastique devenait affolante avec  Scott Pilgrim (attendu et redouté, verdict bientôt) et Monsters (aux premiers échos partagés), je n'ai pu écrire un article un minimum construit sur le loufoque Rubber. Autant le dire tout de go, j'avais détesté Steak incapable de trouver un endroit où rire, entre les irritant Eric et Ramzy et le second degré pince sans rire mais foutrement ostentatoire. Les premiers instants avec le pneu relèvent du pur miracle. Il se lève, titube, apprend à rouler, découvre ses pouvoirs, dont le plus grand réside dans sa puissance de tuer. Une poignée de séquences liées par cet anti-héros fort peu conventionnel, auquel on s'attache immédiatement, par un drôle d'effet d'anthropomorphisme. D'ailleurs une dizaine de minutes plus tard un spectateur s'exclame "Je ne m'attendais pas à m'identifier à un pneu!", soulignant ce que nous venons de ressentir. Et là réside pour moi la limite de Rubber, avec ces faux spectateurs dans le film, qui servent à la fois à une distanciation pirandellienne parfois hilarante (la séquence où l'unique membre du public encore en vue pousse les acteurs du film à continuer le récit), souvent gonflante et à un discours sur la paresse du public toujours prêt à être gavés de plats/films indigestes. La séquence de la volaille empoisonnée se voulant probablement une métaphore des goûts du spectateur lambda se ruant sur la moindre merde. Un point de vue, certes amusant, gentiment subversif, un poil snobinard, mais surtout pas franchement inattendu étant donné la teneur du long métrage, qui paraît par le biais de ce recours discursif réaffirmé sa nature particulière. La mise en abîme qui parcourt le film, lui conférant des allures de manifeste du non sens (culminant dans l'épilogue), crée hélas des longueurs, sans oublier qu'elle va, de mon point de vue à l'encontre des miraculeuses premières minutes. Ce qui surprenait dans cette introduction du personnage central résidait dans c ette foi en la suspension d'incrédulité proprement hallucinante, justement payante. Ici la strate supplémentaire apportée aux aventures de ce pneu tueur, donne l'impression que Dupieux, à la manière d'un Tarantino dans ses jours les moins inspirés (cf Boulevard de la mort et Inglorious Basterds) se protège derrière ces parenthèses métafilmiques, rappelant sans cesse l'incongruité de son postulat ce qui la désamorce. Le réalisateur le dit lui-même en interview "Un pneu tueur c'est marrant, mais si ça ne va pas plus loin ça ne raconte rien et c'est juste débile". Pour autant c'est justement dans la manière dont il tire des scènes tour à tour comiques (le pneu qui mate de l'aérobic à la télé, qui prend une douche), inquiétantes ou poétiques à partir cet argument de série Z qui séduit. La façon si simple par son découpage sans fioritures, et son écriture dont Dupieux parvient à nous mettre dans la tête de son morceau de caoutchouc tire justement cette idée gentiment débile vers un voyage plus sensible. On est quand même ému quand le pneu tombe amoureux, on a un sourire bienveillant aux lèvres à le voir arpenter le désert solitaire. Rien que pour ça, y compris délester cet emballage discursif qui donne l'impression de surconceptualiser le film. En effet réussir à tenir un long métrage sur un pneu tueur est un exploit peu commun, y rajouter une réflexion pas forcément nécessaire sur la passivité du spectateur et son rapport d'acceptation ou de rejet (quand on lui enlève un climax digne de ce nom) à ce qu'on lui propose, ainsi que sur le sens de la vie au cinéma ne nourrit pas tant que ça ces aventures routières ensoleillées. Reste que Quentin Dupieux livre une oeuvre qui en impose dans le paysage cinématographique français bien morce. 

Allez on se retrouve vite j'espère avec le Edgar Wright avec Michael Cera (aïe), Monsters, et peut-être Skyline, petit encas en attendant Battle for Los Angeles

Posté par Yann D à 20:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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