08 août 2010

Moments inoubliables de la filmographie de Shyamalan...

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Ou une liste non exhaustive que les quelques lecteurs de ce blog peuvent compléter. 

La bande annonce, de The Last Airbender m'avait catastrophé, tant l'univers paraissait lointain de celui du grand Night, tant semblait se profiler un blockbuster boursouflé et sans âme. Le résultat m'a surpris, il ne s'agit pas d'un grand film d'heroic fantasy, mais le charme opère, car les aventures sont suffisamment rondement menées pour tenir le spectateur loin des problèmes d'écritures inhabituels pour un auteur de cette trempe. Il faudra aussi noter les séquences d'actions tournées souvent en un seul plan, à la lisibilité confondante. Chacune par sa fluidité et sa maîtrise représente un morceau de bravoure. Une chose que renouvelle sans cesse la sortie du dernier opus de Shyamalan, ce depuis Sixième sens l'envie de voir le suivant. J'attends désormais avec impatience les retrouvailles de Bruce Willis et du réalisateur... Pour patienter voici donc une évocation très subjective forcément, des sommets qui parcourent la filmographie de cet immense cinéaste. 

Forcément le twist final de Sixième sens continue toujours d'impressionner, même après une bonne quinzaine de visions. La manière dont ce retournement est amené, formidable, donne l'impression que le réalisateur découvre la condition du personnage de Bruce Willis en même temps que nous. Une scène forte et limpide. Le moment qui suit, les adieux du psychiatre à sa femme, sont émouvantes. Le réalisateur n'hésite pas à prendre le risque de tutoyer le mièvre, le mélo trop sucré pour accoucher d'une séquence poignante, qui conclut le film sur une note à la fois triste et apaisé. La preuve que derrière le film d'épouvante classique, Sixième sens cache un beau drame, très mélancolique. L'une des clefs de son succès et de sa longivité. Autres belles séquences: celle de la devinette entre Willis et Haley Osment, la filature jusqu'à l'église qui s'achève sur un gros plan très fort et le passage avec Danny Walhberg ancien patient au bord du gouffre. Un moment intense annonciateur d'un film puissant. 

Je dirai que tout Incassable est un sommet de la filmographie de Shyamalan. Intelligence du propos, niveaux de lectures multiples au sein d'un film ludique, élégance de la mise en scène, scénario original magnifique et interprétation au cordeau. Peut-être le plus grand film de son auteur, certainement l'un des plus forts de la décennie précédente. Si il ne fallait retenir qu'un ou deux moments (impossible) je dirai que la séquence de la gare où Willis met enfin à l'épreuve ses pouvoirs est magistrale, tout passe par l'image et la musique, le minimaliste du film trouve son apogée ici. Pas d'effets spéciaux (simplement un traitement de l'image différencié pour codifier la double vue), ni de dialogues explicatifs, simplement un acteur épaulé par une réalisation ample. Le moment où David Dunn émerge de la piscine où il vient de manquer de se noyer. Un plan en amorce de poncho qui évoque une cape, celle d'un super héros. En un plan, Shyamalan convoque Batman, Superman et tout l'imagerie des comics books super-héroïques. L'aveu du père à son fils, "tu avais raison", murmuré est un autre grand moment de cinéma, bouleversant. L'une des clefs de la réussite insensée que représente Incassable se trouve dans ce magnifique instant. Shyamalan va puiser dans le post-modernisme son goût de la déconstruction et de la référence, mais non pas pour aboutir à un cynisme distancié (marque de fabrique des années 90, Scream en tête) pour au contraire évoquer sa confiance dans le récit, dans le cinéma et délivrer un long métrage atypique et émouvant. 

La scène où Mel Gibson s'en prend à Dieu, tout en essayant de sauver son fils d'une crise d'asthme est une séquence inoubliable. A nouveau la simplicité de la mise en scène confine à l'évidence (un seul plan) et la terreur (les extraterrestres vont peut-être entrer, le fils peut mourir étouffé) se le dispute à l'émotion. Réduire la conclusion du film à un éloge du christianisme s'avère réducteur. Le film évoque simplement l'idée qu'une puissance, que le personnage de Gibson appelle Dieu, organise le monde et ne laisse rien au hasard, n'a rien de chrétien et invite à une réflexion personnelle. A nouveau la question de la croyance reste au centre du long métrage. Et une nouvelle fois le réalisateur invite à choisir le chemin de la croyance. 

Le Village prolongement logique et aboutissement des précédents travaux du réalisateur invite logiquement à ne pas se fier à la croyance et montre les histoires, le surnaturel comme des moyens de manipulations des masses.  La séquence où Bryce Dallas Howard et Joaquin Phoenix s'avouent leur amour, filmés de dos est superbe. Le plan de la jeune fille perdue au milieu d'une route moderne reste longtemps en tête, de même que le moment le plus fort de tout le métrage, à savoir celui où Adrien Brody poignarde Phoenix, superbement réglée, dure et à nouveau, ce qui saute aux yeux, c'est la classe de cette mise en scène, la confiance du réalisateur en la force de ses plans. 

Je n'ai pas beaucoup aimé La Jeune fille de l'eau, peut-être le Shyamalan le plus ouvertement sincère. En réponse au Village le réalisateur revient à la croyance dans les histoires et le merveilleux qui l'anime. Tous les éléments de son cinéma se retrouvent dans cet opus, pratiquement tous sous une forme plus évidente encore, de l'ancrage du surréel dans la banalité (ici le merveilleux, la fantaisie), à la peur de l'inconnu (les scrunts monstrueux) et la solidarité salvatrice entre les individus, une constante de son oeuvre présente dès Sixième Sens. Pas de twist final, mais une fin qui m'est restée en tête pour son radicalisme. Une fois Story repartie dans son monde, Shyamalan coupe et sans sommation lance le générique de fin. Une conclusion abrupte, bien plus que celle du Village, et mémorable. 

Phénomènes porté par une puissante bande annonce a été une nouvelle déception. Jeu pas terrible de Zoey Deschanel, personnages faibles, à des années lumières de ceux incarnés par Willis, Gibson ou Phoenix, et une structure très calquée sur celle de La Guerre des Mondes de Spielberg, sans pour autant supporter une seconde la comparaison. Malgré tout, quelques scènes qui restent. Les premiers suicides ouvrant le film, la mort du personnage de John Leguezimo et ce beau plan séquence articulé autour d'un pistolet passant de mains en mains sont les meilleurs instant d'un film prometteur mais raté.

Posté par Yann D à 22:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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